Des personnes « seulement »

A “csak” emberek

Ça fait déjà un bon moment que je suis un programme, et par « bon moment », on entend 171 jours.

Ça fait donc 171 jours que je suis mon régime et que je descends m’entraîner au moins 4 fois par semaine. 171 jours, c’est long aussi parce qu’au bout d’un certain temps, on a tendance à voir certaines situations de la vie autrement. Aujourd’hui, suivre mon régime ne me pose plus aucun problème, parce que c’est devenu une partie de ma vie, et c’est pareil pour l’entraînement. Il n’y a pas de guerre à mener, je n’ai pas besoin de puiser ma force dans les vidéos d’entraînement motivantes de clowns sur YouTube. D’ailleurs, ces derniers temps, même la musique ne m’est plus nécessaire. En clair, je n’ai besoin d’aucune connerie superflue pour vivre comme je vis.

Ce charabia sur la difficulté à suivre un régime m’est totalement incompréhensible. Et chaque fois que j’entends : « Suivre le régime, ça va, mais alors, comment je fais pour l’alcool ? Qu’est-ce que je peux boire qui soit compatible ? », je reste bouche bée et je me demande ce qui peut bien clocher chez cette personne.

Ça n’a pas toujours été comme ça. Ma vie a aussi connu des périodes pitoyables, dignes de crachats. Cela dit, même à l’époque, je ne posais pas ce genre de questions stupides : savoir à quel point j’étais au fond du trou suffisait.

Mais

Et voilà le gros « mais » : ça fait déjà plus de 5 mois que je mène cette vie saine, et c’est largement assez long pour que ce soit devenu naturel pour moi, ou, si tu préfères, pour que me lever, préparer mon petit-déjeuner, manger trois fois par jour dans une boîte, boire un shake protéiné le soir et m’entraîner 4 fois par semaine fasse désormais partie de mon quotidien.

C’est déjà aussi naturel pour moi que d’aller au travail, de monter dans une voiture, de prendre le bus Volán, ou je ne sais pas ce que chacun fait, mais l’essentiel, c’est qu’on a un rythme de vie et qu’on s’y tient. Ça ne demande plus d’effort, on ne se prend plus la tête, on le fait, c’est tout.

C’est justement pour ça que j’ai décidé de retomber dans la déchéance et, en mettant mon régime de côté, de me gaver comme un animal. Je vais me gaver comme une grosse après 45 heures de régime suivi et voir ce qui se passe.

Je voulais savoir ce qui se passe si je me gave à en être malade, puis que je vais m’entraîner. Comment mon corps réagit-il, et plus généralement, que se passe-t-il pendant l’entraînement et au cours des 12 heures qui suivent ?

Alors j’ai pris ma voiture et je suis passé au drive du Burger King.

J’ai commandé un menu Western Whopper + bacon, avec, bien sûr, de grandes frites et une grande boisson. Par précaution, j’ai aussi demandé de la mayonnaise avec les frites, et la boisson n’était pas zéro non plus. Mais je ne me suis pas arrêté là, parce qu’on ne fait pas vraiment n’importe quoi sans prendre de dessert, pas vrai ? Alors j’ai aussi commandé un de ces milk-shakes Oreo.

J’ai tout mangé, tout bu, mais je sentais que l’histoire ne s’arrêtait pas là, parce que je n’avais pas encore ressenti cette vraie culpabilité qui te retourne les tripes. Tu sais, celle que vous ressentez vous aussi quand, au bout d’une semaine, vous craquez complètement. Il me fallait encore quelque chose, alors, comme j’étais à Budaörs, je suis entré au Tesco et j’ai aussi acheté 3 tablettes de chocolat Milka. Une aux noisettes, celle avec les biscuits Tuc, et une au caramel. Ça ne me faisait déjà plus plaisir, mais je les ai mangées, en observant ce qui allait se passer.

La première chose que j’ai remarquée, c’est que je me sentais vraiment mal. Mon ventre avait gonflé et je sentais que mon insuline ne se portait pas très bien non plus. Mais l’important, ce n’est pas comment je me sentais après ça, c’est de savoir comment l’entraînement allait se passer après un tel repas. Et c’est là qu’est venue la première surprise.

JE NE VOULAIS PAS ALLER M’ENTRAÎNER.

J’avais tout simplement l’impression de ne pas avoir envie d’aller m’entraîner, ce qui était stupéfiant pour moi, parce que mes jours d’entraînement sont sacrés. Mais là, j’avais l’impression que je ferais n’importe quoi, sauf aller m’entraîner. Je m’étais ramolli à un point effrayant.

Je suis arrivé à la salle et j’ai commencé l’entraînement. Le même, exactement de la même façon, avec la même progression de la charge que depuis 5 mois, mais je n’y arrivais pas. Mes bras étaient lourds comme du plomb, et les cochonneries que j’avais ingérées avaient tellement perturbé le fonctionnement de tout mon corps que je n’ai même pas approché l’intensité que je peux atteindre quand je vis normalement.

Tout simplement, j’avais l’impression que mes muscles ne recevaient pas un apport sanguin de qualité suffisante, ou que, même si c’était le cas, le sang ne contenait pas les nutriments nécessaires à un entraînement de qualité. Parce que, bien sûr, avec une bonne alimentation, ton corps absorbe des nutriments de qualité, qui passent dans le sang puis parviennent aux muscles, ce qui te permet de progresser correctement. C’est aussi à ça que servent les compléments alimentaires.

Mais qu’est-ce que mon corps a reçu ? Des graisses, du sucre, des glucides à IG élevé, et mon organisme n’a pas réussi à fonctionner correctement avec tout ça.

Je n’ai pas été surpris d’être aussi nul, mais l’essentiel ici n’était pas la qualité de mon entraînement : c’était qu’après avoir mangé cette bouffe de merde, je n’avais pas envie de m’entraîner.

Imagine maintenant à quel point quelqu’un qui mange cette merde tous les jours est motivé à sortir, où que ce soit. Et il n’est même pas nécessaire d’aller aussi loin que moi. C’est précisément ce qui explique ces discours pitoyables du genre : « Je commence demain, demain j’irai m’entraîner. »

Ces phrases ne sont pas terriblement gênantes parce que tu les répètes, mais parce que derrière ces monologues, il y a toujours un mode de vie pourri, hédoniste, et une alimentation de merde qu’on s’inflige constamment, tous les jours. Ce n’est pas que tu manques de motivation ou de temps pour aller t’entraîner, c’est tout simplement que tu vis et manges de telle façon que ton corps et ton esprit, à cause de la sédation provoquée par cette bouffe de merde, sont incapables de faire quoi que ce soit, ne serait-ce que de te mettre en route pour aller à cette fichue séance d’entraînement.

Mais ce n’était que l’entraînement ; je savais que l’histoire ne s’arrêtait pas là. J’attendais le lendemain matin, parce que je savais qu’il allait encore s’y passer des choses assez corsées.

Et ça s’est produit.

Je me suis réveillé avec une faim terrible, qui me rongeait. Une faim que je n’avais pas ressentie une seule fois au cours des cinq derniers mois, mais que j’ai ressentie cette fois-ci. Bien sûr, ça ne m’a pas surpris, puisque c’est un processus naturel dans ces moments-là.

J’avais envie de sucré, j’avais juste envie d’une fichue pogácsa, mais en vrai, de n’importe quoi, du moment que c’était un glucide. Je pourrais encore écrire très longtemps à ce sujet : la plupart des gens sautent complètement le petit-déjeuner, puis tout à coup, il est midi, et tu as tellement faim que tu manges n’importe quoi parce que tu n’as pas de vrai repas avec toi, qu’il y a très peu d’endroits en ville où l’on peut trouver de la nourriture saine, et tu te dis alors que, puisque tu n’as pas pris de petit-déjeuner, tu vas juste manger un truc dégueulasse et voilà. Le cercle vicieux se poursuit et tu n’arrives même plus à en sortir.

Autrement dit, tu pourrais le faire, mais tu es trop faible pour ça. Tu es faible parce que tu manges de la merde, et tu manges de la merde parce que tu es faible. Puis ça recommence comme hier, comme la semaine dernière et comme l’année dernière : tu n’as pas le temps et toutes ces conneries du même genre, infiniment débiles et grossières.

Il suffirait de manger normalement, mais les gens qui disent « il suffit de » sont justement incapables de faire ce qu’il suffit de faire.

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