ZONE BLEUE - OKINAWA

KÉK ZÓNA - OKINAWA

Okinawa, Japon, îles Ryūkyū

Superficie : 1.201k m2 Population : 1,2 million d’habitants

Nombre de centenaires vivant à Okinawa : 704, nombre de supercentenaires : 35

Espérance de vie : 78 ans pour les hommes, 84 ans pour les femmes

Il y a 30 ans, nous n’aurions pas eu la moindre chance d’accéder quotidiennement aux ingrédients consommés par les habitants d’Okinawa, mais grâce à la mondialisation, ce n’est désormais plus un problème. Pourtant, ce qui nous réjouit est une véritable source de tristesse pour Okinawa, par exemple : si le mode de vie d’Okinawa nous parvient facilement, le phénomène fonctionne aussi dans l’autre sens, sauf que ce sont malheureusement les aliments occidentaux de mauvaise qualité qui affluent vers Okinawa, ce qui fait fortement baisser l’espérance de vie sur l’île.

J’ai écrit cela parce qu’il est courant de croire aux facteurs génétiques lorsqu’on parle d’espérance de vie, alors que l’espérance de vie, et surtout l’espérance de vie en bonne santé, ne dépendent pas de la génétique, mais du mode de vie que nous adoptons régulièrement. L’existence des zones bleues en est sans doute la meilleure preuve. À Okinawa, le nombre d’années vécues chute fortement sous l’effet de l’arrivée, avec la mondialisation, d’aliments transformés et mauvais pour la santé, et non parce que la prédisposition génétique des habitants d’Okinawa se serait soudainement effondrée. Je voulais toutefois étudier la véritable époque, celle d’avant l’arrivée de l’Occident, où les habitants vivaient isolés du reste du monde, mais avaient l’une des plus grandes longévités au monde.

Les patates douces constituaient 60 % de l’alimentation des anciens habitants d’Okinawa. Non pas parce qu’ils en raffolaient, mais parce que des typhons ravageaient régulièrement Okinawa et que seules les cultures souterraines restaient intactes. Je le mentionne simplement à titre d’information, mais surtout pour montrer qu’il n’est pas nécessaire de manger une grande variété d’aliments pour avoir une alimentation saine. Aujourd’hui encore, la patate douce est un aliment important pour les habitants d’Okinawa, mais elle est loin d’occuper une place aussi importante qu’en 1650, par exemple.

FOXO3. Le gène FOXO3 est responsable du renouvellement des cellules, de la réduction des inflammations et de la détection des dysfonctionnements cellulaires. Ces rôles suffiraient déjà à faire de FOXO3 un supergène, car le dysfonctionnement cellulaire est la toute première étape du développement du cancer. Selon certaines recherches, l’activité du FOXO3 dans l’organisme peut également influer sur la durée de vie, ne serait-ce que par son rôle dans le renouvellement des cellules. Et voici l’essentiel : FOXO3 est activé par les algues marines, le curcuma, le thé vert et le tofu, qui constituent les quatre piliers les plus importants de l’alimentation d’Okinawa.

La cuisine d’Okinawa est naturellement à base de légumes, ce qui ne signifie pas qu’on ajoute des légumes à côté de la viande dans l’assiette, mais plutôt que les légumes constituent le plat, complété par d’excellents ingrédients comme le tofu, la patate douce déjà mentionnée et diverses algues marines. S’ils mangent de la viande, c’est rarement et uniquement lors d’occasions particulières. 

Consommation de plantes médicinales sous forme de thé et d’épices. Les quatre plantes médicinales les plus importantes, consommées chaque jour, sont le curcuma, l’armoise, le goya et le gingembre. En guise de jokers, il y a aussi le jasmin et le délicieux thé vert, qu’ils boivent régulièrement tous les jours.

Et ils en mangent régulièrement. Les ingrédients énumérés ici constituent la base de l’alimentation d’Okinawa. C’est à partir de ces ingrédients que sera élaboré le régime Tiian Okinawa.

Tofu, carottes, ail, épinards, chou frisé, pousses de haricot, patates douces, oignons nouveaux, algue kombu, cèpes, pleurotes, radis, chou chinois, miso, oignons verts, potiron, poireaux, shiitake, tomates, poivrons, riz, haricots, betteraves, ciboulette, bananes, pommes, margose, noix de coco, ananas, noix de cajou, noisettes, noix de macadamia, cannelle, sauce soja, huile de sésame, huile végétale et bien sûr curcuma.

Le mode de vie d’Okinawa ne concerne pas seulement l’alimentation, mais aussi l’adoption d’un mode de vie au quotidien.

Ikigai - Chaque matin, les personnes âgées d’Okinawa déterminent la raison pour laquelle elles se lèvent ce jour-là. Elles se fixent des objectifs pour la journée et les accomplissent avant le soir. Il s’agit avant tout d’aider les plus jeunes membres de la famille, non pas financièrement, bien sûr, mais en étant un pilier solide et stable vers lequel chaque membre de la famille peut se tourner en toute confiance pour obtenir un bon conseil, quelques paroles réconfortantes ou un peu d’orientation. À Okinawa, le respect des personnes âgées est extrêmement fort et le rôle qu’elles jouent dans la société est honoré. Cette force et ce respect ne vont pas de soi : ce n’est pas comme si, à Okinawa, on avait plus de 70 ans et que, hop, on montait sur le trône familial. Cette estime est un statut qui se mérite, par la manière dont on a vécu sa vie, dont on a géré les problèmes et dont on a soutenu sa famille dans les moments difficiles. Ce respect mérité est la plus grande marque de reconnaissance que puisse recevoir quelqu’un au cours de sa vie. C’est le respect inspiré par la manière dont on a vécu, en montrant l’exemple par sa vie, ses décisions, ses sacrifices, sa stabilité et son dévouement. 

Je ne crois pas qu’on puisse se lever à partir d’un certain âge sans avoir de raison de vivre. Les sans-abri meurent dans la rue à 53 ans parce qu’ils n’ont plus de raison de vivre ; dans les zones bleues du monde, les gens vivent jusqu’à 107 ans parce qu’ils ont encore une raison de vivre, et surtout quelqu’un pour qui le faire.

Maintenir une activité quotidienne, ce qui n’est pas la même chose que faire de l’exercice. Pour ceux qui sont déjà allés dans un restaurant japonais, je ne vais rien vous apprendre en disant que, dans la vie quotidienne au Japon, on vit essentiellement au ras du sol. Le rapport au sol est important au Japon, si bien qu’un Japonais s’assoit par terre et se relève 70 à 80 fois par jour. Pour vous amuser, essayez donc de vous relever du sol dix fois de suite, ne serait-ce que ça : les Okinawans de 95 à 100 ans le font aussi. Ils renforcent sérieusement leurs muscles squelettiques chaque jour sans même s’en rendre compte, et ils font cela tous les jours, pendant des décennies. Ajoutez à cela qu’à Okinawa, tout le monde a un jardin et l’entretient régulièrement : ce n’est pas comme chez nous, où l’on construit une cabane de bric et de broc avant de laisser les mauvaises herbes tout envahir. Les habitants d’Okinawa prennent grand soin de leur jardin, notamment parce qu’ils y cultivent les ingrédients qu’ils consomment. + Marcher pour aller partout, c’est la base.

Moai - Réseau social traditionnel et sécurisant sur lequel la communauté peut compter sur le plan émotionnel et, si nécessaire, financier. Je ne sais pas quelles sont les chances d’en trouver ici, surtout ces derniers temps. Si je dis « ces derniers temps », c’est parce que j’ai encore quelques souvenirs fragmentaires de mon enfance : le voisin, monsieur Bölcskei, qui était peintre en bâtiment, repeignait notre appartement tous les trois ans et n’acceptait jamais rien en échange ; madame Ali, qui habitait en dessous de chez nous, arrosait nos fleurs pendant nos voyages ; et maintenant que j’y pense, trois ou quatre habitants avaient sûrement les clés de notre appartement. On faisait des gâteaux, on se rendait visite, on passait chez les uns et les autres comme ça, l’après-midi, et on se retrouvait dans les appartements des uns et des autres, dans une ambiance chaleureuse, après les réunions de copropriété. Nous vivions dans un immeuble comme ça, à l’époque, sur l’avenue Bajcsy-Zsilinszky, dans les années 1990. Je ne sais pas ce qu’il en reste ni s’il existe encore de tels immeubles. À Okinawa, cela dit, ce n’étaient pas des immeubles de sept appartements, mais des villages entiers qui pouvaient compter les uns sur les autres. Et cela porte ses fruits : quand on sait qu’on n’est pas seul, on vit mieux. À Okinawa, ce résultat se traduit par une espérance de vie de 100 ans. 

Ce qui peut aussi compter beaucoup, c’est de s’exposer au soleil avec modération. L’accent est mis sur la modération, et bien sûr sur le soleil, qui est très important pour apporter à l’organisme la vitamine D dont il a besoin. Cette supplémentation en vitamines me fait toujours penser à une scène de film où un type mange une orange, et l’autre lui demande : « Pourquoi tu manges ça ? » Il répond : « Le médecin m’a dit de manger plus de vitamine C. »

Alors, pourquoi tu ne manges pas ça ?

Et enfin, selon moi, le point le plus important. La vie n’est pas facile ; elle est souvent insupportablement difficile et éprouvante, pleine d’obstacles et de coups durs inattendus. Soit nous savons y faire face tout en restant humains, soit la vie nous consume.

Pour vivre longtemps, il faut une certaine façon de penser, qui nous permette de laisser derrière nous les souvenirs douloureux du passé tout en vivant dans le présent et en profitant des joies d’aujourd’hui. Ceux qui ont traversé les épreuves de toute une vie sans perdre leur humanité, qui ont affronté les difficultés et surmonté leurs traumatismes de façon à pouvoir continuer à vivre en étant plus forts, incarnent, aux yeux des jeunes générations, l’honneur, la bienveillance et une compagnie agréable. C’est notamment pour cela que les personnes âgées sont respectées à Okinawa : elles savent. Pour atteindre les 100 ans, il ne suffit pas de manger du curcuma avec des carottes : il faut aussi vivre, penser et aborder le quotidien de façon à ne pas se laisser consumer prématurément par la vie. Au-delà d’un mode de vie manifestement sain, c’est peut-être là le secret assez évident des centenaires des zones bleues.

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