Je sais maintenant

Most már tudom

Mardi dernier, à 18 heures, j’ai tout perdu en un instant : tout ce qui comptait pour moi et avait beaucoup d’importance à mes yeux. On ne comprend vraiment la valeur des choses que lorsqu’on les a perdues.

Les femmes que nous n’avons pas su aimer, les occasions que nous n’avons pas su saisir, les gens que nous n’avons pas appréciés tant qu’ils étaient à nos côtés, et la vie que nous n’avons pas vraiment vécue : nous ne nous en rendons compte qu’après coup.

C’est un gros cliché éculé, mais c’est vrai. On n’apprécie les choses que lorsqu’elles ne nous appartiennent plus.

Mardi dernier, à 18 heures, j’ai eu un accident de moto sur la Hegyalja út. Sur la chaussée gelée, ma roue avant a dérapé et je n’avais aucune chance de rattraper la moto. À vrai dire, je n’ai même pas compris ce qui m’arrivait. Je me souviens seulement qu’après avoir atterri au sol, j’ai entendu un énorme craquement. C’est là que j’ai compris que je m’étais cassé l’épaule, mais le pire, ce n’était même pas ça : c’était cette prise de conscience qui m’est venue avant même que mon corps ne s’immobilise sur le béton.

Mon bras était complètement replié sous moi et je ne pouvais même pas bouger. À cause du choc, la douleur ne s’était pas encore manifestée, mais je savais que c’était grave, car je ne sentais plus du tout mon bras. Mais tout cela était secondaire.

Deux choses me préoccupaient tandis que de plus en plus de gens se rassemblaient autour de moi.

  1. Qu’est-ce qui va arriver à mes entraînements maintenant ?
  2. Qu’est-ce qui va arriver à LifeTILT maintenant ?

Ça peut paraître ridicule, mais c’est vraiment ça qui m’inquiétait. Évidemment, avec une épaule cassée, on ne peut rien faire pendant des mois, et comme ma main gauche est inutilisable, je ne pourrai même pas écrire de publications pendant des semaines.

C’est étrange. Je n’aurais jamais pensé que LifeTILT comptait autant pour moi, ni que les entraînements étaient si importants à mes yeux. C’est fini pour mes séances, je vais être écarté du grand circuit pendant au moins 8 à 14 semaines. Rééducation, tout le bordel… Rien que d’y penser, c’est horrible : je ne pourrai pas progresser du tout dans mes entraînements pendant au moins deux mois, voire plutôt trois, car il me faudra au moins six mois, probablement plus, pour que ma main gauche retrouve seulement le niveau où elle en est aujourd’hui.

Mais rien n’arrive par hasard. La vie nous met à l’épreuve et vérifie si nous voulons vraiment ce que nous désirons, ou si nous ne faisons qu’effleurer la surface et ne sommes pas prêts à faire de réels sacrifices pour atteindre notre objectif.

J’ai eu une cliente qui, malgré ses 35 ans, était en pleine quête de sa voie. Elle n’avait aucune idée de la direction à prendre, de ce qu’elle voulait de la vie, et ne savait même pas vraiment ce que la vie attendait d’elle. Elle n’avait ni problèmes d’argent ni problèmes de couple, tout allait parfaitement bien, mais cette femme était pourtant dévorée par l’impuissance et la recherche de sa propre voie, qui l’aiderait à trouver la source de sa crise.

Cette femme ne savait pas où aller. Elle cherchait une issue, un changement, quelque chose. Vous savez, comme quand on piétine sur place. Dois-je aller à droite ? Ou partir à gauche ? Ou peut-être aller tout droit ? Peu importe la direction qu’elle prenait, elle s’arrêtait après quelques pas et repartait dans une autre direction. Peu importe où elle allait, elle ne trouvait l’apaisement nulle part. Cette grande crise durait déjà depuis des mois quand, un jour, cette femme m’a appelée et m’a dit de ne pas lui en vouloir, qu’elle ne pourrait pas venir aux entraînements pendant un moment, car elle s’était déchiré le ligament croisé en faisant un faux mouvement chez elle.

Dois-je dire que j’ai été surprise ? Pas du tout.

Cette femme ne savait pas depuis des mois dans quelle direction aller et ne trouvait pas d’issue ; son corps a résolu le problème à sa place. En se blessant, son âme a gagné du temps pour réfléchir et a trouvé l’apaisement. C’est étrange, non ? Celui qui se met en route puis s’arrête, celui qui change constamment de direction et cherche qui il est, finit un jour par avoir le genou qui lâche. Ce sont là d’étranges coïncidences de la vie, qu’on peut considérer comme des absurdités spirituelles et interpréter après coup en y voyant ce qui, en réalité, n’existe pas. Mais la vie envoie toujours des signes et remet les choses à leur place.

Quand vous voulez vraiment quelque chose, et que vous êtes vraiment, mais alors vraiment déterminés, que vous avez la volonté, la force et tout ce qu’il faut pour le faire, puis qu’un accident, une blessure ou un facteur indépendant de votre volonté survient, cela signifie toujours quelque chose. Même si cela ressemble à un malheureux accident. Même si vous pensez avoir simplement fait un faux pas, que vous n’y pouvez rien et que vous n’êtes pas en faute, les blessures et les accidents ne surviennent jamais par hasard. Cela signifie toujours quelque chose, et cela arrive toujours pour une raison.

J’y crois, et si j’y crois, je dois me demander pourquoi je me suis fait ça. À quoi je m’attendais en roulant à moto sur des routes verglacées, dans la neige ? Pourquoi ai-je mis ma vie et mon intégrité physique en danger alors que j’ai désormais bel et bien quelque chose à perdre, et, plus généralement, pourquoi ai-je été aussi irresponsable ? Il était prévisible qu’il arrive quelque chose. Je ne sais pas pourquoi, mais je cherchais le danger. Mais je sais avec certitude que, pour une raison ou une autre, c’est moi-même qui me suis infligé cette blessure, que je l’ai provoquée inconsciemment.

Aujourd’hui, le drapeau de LifeTILT flotte plus haut que jamais. Nutrition progresse bien et se développe, tout comme l’entreprise de livraison de repas. Je pense que mes plats sont de bonne qualité, sains et délicieux, que les articles sont irréprochables sur le plan professionnel ; je peux donc dire que je suis fier de LifeTILT et de chaque détail qui le compose. Il y a pourtant une chose dont je ne suis pas satisfait : l’âme de LifeTILT, qui n’est autre que moi. Je pense être le seul point faible de LifeTILT.

Car si quelqu’un découvre le nom LifeTILT, que verra-t-il ? Un très beau design, des transformations incroyables, des produits de premier ordre, des aliments de qualité, le porte-étendard numéro un de la santé. Mais ce navire est dirigé par un capitaine dont l’apparence doit refléter l’esprit du navire, légitimer son idéologie et incarner, par son physique, toute la noblesse des idées et la qualité que représente son navire, en l’occurrence LifeTILT.

Ainsi, en décembre dernier, j’ai décidé de ne pas me contenter d’avoir une silhouette relativement bonne. Sans faire de grands discours, je vais tout à coup afficher un physique auquel personne ne pourra rien reprocher, qui apportera la dernière pierre à l’édifice LifeTILT et en fera une véritable forteresse, puissante et imprenable, avec à sa tête un chef de guerre avec qui personne ne pourra déconner.

J’étais très motivé, très fort et très déterminé. Des forces étaient à l’œuvre en moi ; je m’entraînais avec une telle intensité et une telle exaltation, presque de façon obsessionnelle, que j’ai bâti TILT et créé le groupe LifeTILT.

Je ne sentais en moi ni faiblesse, ni vacillement, ni incertitude, ni doute. Je n’avais pas la moindre pensée me disant que je n’y arriverais pas cette fois, puis un mardi est arrivé et je me suis retrouvé allongé par terre, la neige me tombant sur le visage, et la douleur a fait voler en éclats toute ma détermination. Mais cette douleur n’était pas due à la fracture.

Depuis, je cherche encore en moi les raisons pour lesquelles j’ai fait ça. La vie place des obstacles sur notre chemin et nous pose la question : est-ce vraiment ce que nous voulons ? Notre détermination est-elle vraiment assez forte pour résister même à de telles épreuves ? Il serait très facile, maintenant, de me raccrocher à l’idée que, tiens, je me suis cassé l’épaule, je ne peux pas m’entraîner, je ne peux même pas enfiler mon pantalon tout seul, alors tant pis pour tout, merde au régime, je reprendrai quand je serai rétabli…

Mais ce serait renoncer, comme j’ai moi-même renoncé autrefois, et comme vous aussi, vous avez renoncé dès que la vie a placé le premier obstacle sur votre chemin. Alors, même si mon épaule me fait atrocement mal, que je n’arrive pas à dévisser le bouchon d’une bouteille d’eau minérale et que je ne peux pas me doucher tout seul, je ne reste pas au lit avec du Cataflam dans le corps à m’apitoyer sur mon sort en me disant : « Ah, qu’est-ce que ça aurait été bien, pourtant. »

Je ne peux rien faire d’autre que continuer à suivre mon régime aussi strictement que si rien ne s’était passé. Parce qu’en ce moment, c’est le maximum que je puisse faire pour ma transformation et pour tenir ma résolution. Nous devons toujours donner le meilleur de nous-mêmes, compte tenu des circonstances. Toujours.

Il y aura toujours des obstacles devant nous ; seule leur taille changera. Certains seront surmontables, d’autres insurmontables. Pour moi, celui-ci est un obstacle incontournable, mais je le répète, je ferai tout ce que je peux, je suivrai mon régime et j’attendrai.

J’attends avec impatience le premier jour de rééducation, j’ai hâte de pouvoir commencer à m’entraîner avec des poids de 500 grammes dans les mains. Mais il faudra des mois pour que mon bras blessé rattrape l’autre en force. Pendant ce temps, je ne progresserai pas, au contraire, je ne ferai que régresser, juste pour pouvoir revenir au point de départ. Mais pendant ce temps, je ne peux rien faire d’autre que suivre mon régime et tirer le meilleur parti des circonstances actuelles.

Je gagne ma vie en écrivant, et LifeTILT existe parce que j’ai écrit. Comme je l’ai déjà mentionné, malheureusement, ce n’est pas possible pour le moment. Vous pourrez donc lire mes billets au cours des 6–8 prochaines semaines sous forme de dictée : je parle et une fille écrit ce que je dis. Je me demande à quel point le style des billets va changer, mais c’est comme ça. Quand il y a un problème, il faut le résoudre. Il ne faut pas rejeter la faute sur quelqu’un d’autre ni s’emmerder à penser à ce qu’il aurait fallu faire pour éviter que ça arrive, ni me demander pourquoi j’ai été aussi con pour monter sur une moto sous la neige.

J’ai commencé ce billet en disant que, ce mardi-là, j’avais perdu tout ce qui comptait pour moi, mais comme vous pouvez le voir, nous n’avons rien perdu. On ne peut perdre que ce à quoi on renonce ou ce à quoi on veut renoncer. Même si je ne peux pas m’entraîner, je le fais quand même dans ma tête en suivant mon régime ; je ne peux pas écrire mes billets, mais quelqu’un d’autre met quand même mes pensées par écrit à ma place.

Mon épaule me fait encore mal, même les pas que je fais en marchant me font mal maintenant. C’est étrange, mais je me sens plus fort que jamais, et je sais maintenant pourquoi tout cela m’est arrivé. Pour que j’aille jusqu’au bout…

 

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