Académie de santé de classe mondiale

Peu de gens le savent, mais à la même époque l’année dernière, le World Class Health Academy a failli fermer définitivement ses portes, alors même qu’il s’agit d’un réseau mondial de plus de 50 clubs exclusifs prospères dans 12 pays. Bien sûr, il serait facile d’attribuer ce phénomène aux conditions particulières de la Hongrie, car, comme on le sait, ici, rien ne fonctionne comme à l’ouest de chez nous. Mais, pour une fois, ce n’est pas le cas. Le World Class a ouvert ses portes en grande pompe le 10 mai 2008 et a commencé ses activités en Hongrie avec trois salles, dont il n’en reste plus que deux aujourd’hui, et ce n’est évidemment pas un hasard. Le World Class (désormais WCH) est connu pour ses salles haut de gamme et ses prestations de bien-être exceptionnelles, que l’on retrouve sans faute à Budapest également. Les deux principaux problèmes du WCH sont le choix des emplacements et la taille des salles. La plus grande tragédie du WCH réside justement dans le mélange désastreux de ces deux facteurs : c’est là que se trouve sa plus grande salle, Sun Palace, qui s’étend sur trois niveaux, mais se situe dans un putain de mauvais endroit. Dans un coin reculé d’Óbuda, à côté du HÉV, au milieu d’un quartier de grands ensembles, loin de tout. Ce ne serait pas si grave en soi, mais il n’y a aucun immeuble de bureaux ni aucune rue très fréquentée dans un rayon de 2 km pour attirer une clientèle plus aisée, car je doute que les habitants des grands ensembles puissent se permettre des abonnements mensuels à 30 000 forints. La proximité de la rue Szépvölgyi et du IIe arrondissement est également trompeuse, car un vrai petit connard poseur ne viendra pas s’entraîner dans une cité à côté du HÉV, aussi bien équipée que soit la salle. Pour eux, il y a l’Arnold Gym à Kolosy, ou l’Oxygen Wellness...
Ensuite, il y a le deuxième club, toujours en activité, la salle située au premier étage de l’hôtel Marriott. Le choix de l’emplacement est ici tout à fait excellent et, à mon avis, la vue est l’une des plus belles de la ville. Des clients arrivent sans arrêt, puisque, comme je l’ai mentionné, le club se trouve dans un hôtel 5 étoiles. Les hommes d’affaires qui traînent ici et leurs petites amies, épouses et maîtresses qui les accompagnent comme des bagages font vivre l’endroit en permanence et, comme nous parlons du Ve arrondissement, les plus grands snobs aiment particulièrement s’y rendre. Un de mes potes est courtier chez BudaCash, travaille dans le XIe arrondissement et habite à Hűvösvölgy, mais il vient quand même s’entraîner ici, parce que l’endroit compte pour lui, tout comme le cadre exclusif. L’emplacement du Marriott est bien choisi, mais la salle est plus petite que la bite d’un Chinois. La zone de musculation ne doit pas faire plus de 60 m2, ce qui signifie que si plus de dix personnes débarquent en même temps, il devient tout simplement impossible de s’entraîner. Les appareils les plus élémentaires sont bien là, et je peux m’arrêter là dans l’énumération. Si j’ai bien compté, il y a 16 appareils au total, ce qui est tout simplement ridicule, d’autant que 6 d’entre eux sont des appareils de cardio. On ne peut pas faire une séance complète, mais je crois que ce n’est pas non plus la vocation de cette salle. Ce club est l’endroit idéal pour les épouses entretenues et les putes payées, ainsi que pour les cadres moyens et supérieurs obèses, pour qui faire du sport consiste à téléphoner pendant 55 minutes en chaussures de sport.
Le troisième, c’est l’Avenue Garden sur l’Andrássy, qui a rendu l’âme il y a six mois. Eh bien, cette salle était aussi mal située, et ce n’était pas une salle de sport, mais le gymnase personnel d’un riche type. J’y suis allé pendant trois mois parce que c’était près de chez moi, et j’ai remarqué que si j’y allais tôt le matin, il n’y avait généralement qu’une seule personne au maximum à part moi, autrement dit, nous avions juste assez de place pour nous tenir côte à côte. J’aimais cette salle parce qu’elle était chaleureuse et, s’il n’y avait personne d’autre que toi, ce qui était fort probable, tu pouvais vraiment avoir l’impression de nager dans la piscine de ta maison, avec un bain à remous juste à côté. Voilà pour cette brève présentation des salles, et maintenant, examinons-les un peu plus en détail.

Sun Palace
Une de mes connaissances proches a travaillé pendant un an comme réceptionniste au WCH. D’abord sur l’Andrássy, puis elle a été transférée au Sun Palace, et elle donnait aussi un coup de main au Mariottt quand il le fallait. J’ai donc des infos de première main sur l’endroit et sur ce qui s’y passe en coulisses. À l’époque où le WCH comptait encore trois salles, le Sun Palace et l’Avenue Garden avaient aussi de graves difficultés financières, et pendant des mois, on a cru que l’établissement allait fermer, faute de clients et parce qu’il n’arrivait pas toujours à couvrir ses frais de fonctionnement. La disparition de la salle de l’Andrássy út a finalement été causée par les déboires du Sun Palace et, comme le projet SP mobilisait des sommes bien plus importantes, ils ont décidé de fermer le club de l’Andrássy út, sauvant ainsi le Sun Palace de la fermeture. Depuis, la situation s’est stabilisée et le Sun Palace s’est repris. Je ne sais pas exactement ce qui a pu se passer ; ils ont peut-être viré leur commercial incapable qui ne foutait rien, ou un nouveau management est arrivé et s’est mis à travailler sérieusement. En tout cas, des groupes scolaires organisés viennent maintenant au Sun Palace et les clients commencent aussi à arriver.
Le Sun Palace est réparti sur trois niveaux et, par conséquent, en trois parties. Au sous-sol, il y a une zone de musculation et au premier étage aussi, ce qui est ridicule, parce que si ton programme d’entraînement l’exige, tu commences par le développé couché en bas, mais pour utiliser la machine à pectoraux, tu dois prendre l’ascenseur jusqu’au premier, puis redescendre au banc incliné à 45’, et si tu veux faire des abdos, tu dois encore remonter. Je ne sais pas quel abruti a eu cette idée, mais on ne peut même pas faire une séance sérieuse ici, car si on respecte les temps de repos, on ne peut pas tenir les pauses puisqu’il faut sans arrêt prendre l’ascenseur. Côté machines, la salle n’est peut-être pas une Fitness 2000, mais elle est dans l’ensemble correcte. Il y a une salle d’aérobic et une salle de spinning séparées, et l’espace bien-être se trouve au rez-de-chaussée. Une piscine de 25 mètres, un sauna, un hammam, rien à redire là-dessus, si seulement ce n’était pas si mal situé et si l’espace musculation n’était pas éparpillé partout. En ce moment, ils réaménagent les lieux, on verra ce que ça donnera.
Les vestiaires et les douches sont d’une qualité habituelle, rien de particulier. En revanche, j’y ai vu un coach sportif en plein travail, mais j’aurais mieux fait de ne pas le voir : une femme essayait de faire du développé épaules, mais elle le faisait tellement mal que je pense qu’elle s’est cassé la clavicule pendant l’exercice. Le coach, ou je ne sais pas quel putain d’abruti qui se tenait au-dessus d’elle avec son tee-shirt World Class, la regardait sans rien dire, pas un mot pour lui dire : « Hé, tu sais, ça ne se fait pas comme ça », parce qu’une fracture ouverte, ça ne fait pas partie de l’exercice. Ah oui, les filles de l’accueil font régulièrement la fête là-bas après la fermeture, et je ne crois pas qu’il y ait eu un endroit où une de mes copines n’ait pas couché avec quelqu’un, mais malheureusement pas avec moi. Je me suis contenté d’emmener sa petite sœur après son bal de fin d’études.

Marriott
C’est une salle très intéressante, car elle se trouve au premier étage d’un hôtel, et personnellement, je ne l’ai trouvée qu’après avoir demandé mon chemin deux fois. Tout dans cet endroit crie qu’il s’agit d’un établissement réservé aux étrangers ; ils pourraient tout aussi bien l’écrire sur une pancarte. La salle offre une vue magnifique sur le mont Gellért et le château de Buda, c’est vraiment superbe, mais dommage qu’on parle d’une salle de sport et non d’un bus touristique Hop On Hop Off. Je me suis rendu sur place, car je n’y étais encore jamais allé ; on m’a fait visiter et tout montré, mais quand j’ai voulu prendre des photos, on ne m’a pas laissé faire, alors que leur espace bien-être mérite le détour. L’ensemble ressemble à une grotte. Partout, une lumière tamisée, un espace sauna bien dissimulé ; j’imagine quelque chose de semblable pour la grotte à baiser de Hugh Hefner. J’ai aussi eu l’impression que le concept de départ n’était pas celui d’une salle de sport destinée au grand public, mais plutôt celui d’un petit club privé, ce qui serait très bien, sauf que cela ne génère pas assez de clients pour faire vivre l’endroit, et que les tarifs d’entrée ne sont pas assez élevés pour que 40 à 50 personnes lui rapportent de l’argent. Surtout si l’on parle de clients du salon, qui ne viennent pas régulièrement, mais seulement une fois par semaine, au mieux. Dans une salle de sport, une part importante des revenus vient du comptoir et des autres services, pour lesquels il vaut mieux avoir au moins 20 clients réguliers. Les abonnements et les entrées à la journée couvrent peut-être les factures de fonctionnement à plusieurs millions, tout comme, en boîte, le gros des bénéfices ne vient pas des entrées, mais du bar. Mais franchement, je ne vois pas comment l’endroit pourrait être rentable. Enfin, je m’en fiche complètement, mais ce serait dommage que le Marriott connaisse le même sort que l’Avenue Garden. En plus de la salle de musculation, il n’y a qu’une seule salle d’aérobic, où une quinzaine de personnes peuvent tenir. Il y a un sauna, un jacuzzi, un hammam et des vestiaires où j’avais l’impression d’être dans une cabine de bateau. La salle est impeccable pour ce qu’elle est, mais elle est petite, et ça gâche tout. Pour ce qui est des entraîneurs personnels, il y a une jeune fille prénommée Fanny qui travaille là comme coach personnelle ; eh bien, elle a un cul sacrément canon.

Andrássy Avenue Garden
L’adage populaire dit qu’il ne faut dire que du bien des morts, ou ne rien dire du tout, alors je ne devrais rien écrire ici. J’ai vraiment adoré cet endroit, parce que quand j’étais seul, c’était une salle parfaite. En 2008, je ne me souciais pas encore de savoir si les équipements étaient de qualité, ni si je pouvais faire une séance complète avec les machines adaptées. À l’époque, il me suffisait parfaitement d’avoir l’impression de nager dans une piscine éclairée par le dessous, dans le jardin d’un appartement de luxe, avec une serviette gratuite, que tout le monde, bien sûr, pillait aussi sans vergogne ici. De loin, l’Avenue Garden ressemblait à une boutique conceptuelle, autrement dit à une succursale budapestoise de Louis Vuitton ou de Gucci. L’essentiel de ce genre de boutiques, c’est le prestige, l’apparence, le simple fait d’être là. Une ligne de plus sur WorldClass.com. Elles ne produisent rien, certes, mais il faut bien afficher son statut sur une avenue d’une capitale européenne. Eh bien, ce club était un peu comme ça aussi, car quand j’y entrais, j’avais toujours l’impression d’être dans une salle d’exposition où les machines n’étaient pas là pour qu’on s’en serve, mais pour être là, dans telle position, sous tel angle, et pour donner un si bel effet avec les carreaux de marbre gris, sur lesquels se reflétaient les jeux de lumière de la piscine. La soirée d’ouverture reflétait parfaitement cet état d’esprit, sauf que le concept avait un défaut : ce n’était pas une putain de galerie, mais une salle de sport. Ce n’était qu’une question de temps avant la fermeture, et l’état façon Lehman Brothers du Sun Palace a fini par sceller le sort de l’Avenue Garden. (contrairement à celui d’András « cocaïne » Stohl )
Tarifs
On parle de salles haut de gamme. Ça se voit aussi dans les prix et la clientèle. J’aime aller dans ce genre d’endroits parce que je suis un connard superficiel dans ces endroits, on est sûr de ne pas trouver de Roms, mais ce qui est encore plus important, si tant est que l’on puisse dire ça, c’est d’être entouré de gens civilisés, soignés et bien intégrés socialement trois fois par semaine pendant une heure et demie. Ça peut sembler peu, mais quand on fréquente régulièrement un endroit, ça compte vraiment.
Au Sun Palace, l’abonnement annuel coûte 112 000 (il y a encore un an, ils essayaient de le vendre entre 160 000 et 180 000), celui de 6 mois coûte 67 200 et celui de 3 mois, 44 800. Dans aucun des deux établissements ils n’aiment que tu prennes seulement un abonnement mensuel ; ils ne le mettent pas vraiment en avant et ne finissent par admettre qu’il existe que si tu poses la question expressément. Il coûte d’ailleurs 27 000 HUF.
Il y a une promotion d’été au Marriott, ce qui est le signe évident qu’il n’y a bientôt plus un chat là-bas, mais l’été est de toute façon plutôt calme dans presque toutes les salles de sport. Dans le cadre de l’offre , l’abonnement annuel est à 111 000 au lieu de 122 000, celui de 6 mois reste à 80 000, tandis qu’ils ont aussi baissé le prix de celui de 3 mois, qui passe de 55 000 à 46 000 HUF. Au Marriott, ils détestent encore plus les abonnés mensuels qu’au Sun Palace. Concrètement, ils ne vendent même pas d’abonnement mensuel. Il existe une formule d’essai d’un mois qui te permet d’essayer la salle pour 20 000 forints , mais si tu promets de ne pas y traîner ta sale gueule de radin avant 16 h, ça ne coûte que 16 000. Ils ne s’occupent pas non plus des entrées à la journée, des réductions pour étudiants ni de ce genre de trucs pour pigeons.
Le World Class Health Academy Hongrie est donc fondamentalement mal conçu, car un lieu peut être aussi soigné et exclusif qu’on veut, s’il est mal situé et que les facteurs professionnels sont ignorés, il ne peut pas constituer à long terme un système rentable qui fonctionne bien. Malgré tout, les deux établissements restants commencent à prendre leurs marques, après trois ans, sur les deux rives du Danube , puis on verra ce que ça donne, parce que la prochaine fois, déjà, neIl y aura un Avenue Garden qu’ils pourront sacrifier en cas de problème...
